Le principal organisme professionnel canadien a exhorté les autorités sanitaires à relever à 1,0 % la limite nationale de THC pour le chanvre industriel, à supprimer la plupart des obligations en matière d’agrément et à ouvrir davantage les marchés aux fleurs de chanvre – des recommandations qui constitueraient la plus importante refonte de la réglementation nationale sur le chanvre depuis près de trois décennies.
Ces propositions, présentées par l’Alliance canadienne du commerce du chanvre (CHTA), s’inscrivent dans le cadre d’une consultation fédérale lancée par Santé Canada en mai afin d’identifier les modifications à apporter à la réglementation sur le chanvre qui permettraient d’alléger les contraintes réglementaires tout en préservant la sécurité publique et le respect des obligations internationales du Canada.
Santé Canada, qui réglemente le chanvre en vertu de la Loi sur le cannabis et du Règlement sur le chanvre industriel du pays, sollicite des commentaires sur d’éventuelles modifications visant à « protéger la santé et la sécurité des personnes, la santé et la sécurité des animaux, ainsi que l’environnement ; réduire les coûts de mise en conformité ; et lever les obstacles à l’entrée et à l’expansion sur le marché ».
Si elles étaient adoptées, les recommandations de la CHTA permettraient au Canada de se doter de l’un des cadres réglementaires les plus souples au monde en matière de chanvre. Ces changements concerneraient les cultivateurs, les transformateurs, les sélectionneurs de semences, les exportateurs et les entreprises souhaitant développer des produits à forte valeur ajoutée à partir des fleurs et de la biomasse de chanvre.
La CHTA a déclaré que la réglementation actuelle continue de considérer le chanvre comme une substance soumise à contrôle, bien qu’il s’agisse d’une culture agricole, ce qui impose des obligations en matière de licence, de déclaration et d’autorisation qui ne s’appliquent pas aux autres cultures de plein champ.
« Reconnaissant »
« Le secteur canadien du chanvre se réjouit que Santé Canada ait reconnu que le régime réglementaire actuel applicable au chanvre au Canada est coûteux et ne correspond pas au profil de risque du chanvre pour les humains et les animaux », a déclaré Ted Haney, président-directeur général de la CHTA.
« Nous nous réjouissons également que Santé Canada reconnaisse la nécessité de réglementer l’industrie du chanvre au même titre que n’importe quel autre secteur des cultures de plein champ, rompant ainsi de fait tout lien avec la réglementation des stupéfiants », a déclaré M. Haney. « La perspective d’une déréglementation du secteur canadien du chanvre est une bonne nouvelle pour le Canada. Même si ces changements réglementaires ne s’appliqueront qu’au Canada, un tel tournant majeur encouragera les autorités de régulation de toutes les autres juridictions à déréglementer elles aussi le chanvre. »
L’économie du THC à 1,0 %
Parmi ses recommandations les plus importantes, la CHTA a préconisé de faire passer la concentration maximale autorisée en THC dans le chanvre de 0,3 % à 1,0 %.
Le groupe a fait valoir que le seuil de 0,3 %, largement adopté à travers le monde, ne reflète plus ni les connaissances scientifiques ni les réalités commerciales. La prise de position cite Ernest Small, chercheur canadien spécialisé dans le chanvre, qui a initialement établi ce seuil de 0,3 % dans les années 1970. M. Small a toujours affirmé que cette limite était arbitraire et s’est récemment prononcé en faveur d’un seuil de 1,0 %.
L’alliance a également indiqué qu’un relèvement du seuil de THC améliorerait les possibilités de sélection et permettrait de mettre au point des variétés mieux adaptées aux marchés de la production de fibres et de la biomasse florale.
« Le secteur estime que les variétés à forte concentration seront principalement développées pour la production de fibres à grande échelle (permettant une co-récolte rentable de fibres et de fleurs) et pour la production de fleurs de type verger (permettant d’obtenir une biomasse économiquement viable pour l’extraction de cannabinoïdes) », a écrit la CHTA dans ce document.
« Le relèvement de la concentration maximale autorisée de delta-9-THC dans les fleurs et les feuilles de l’inflorescence du chanvre industriel, qui passera de 0,3 % à 1,0 %, permettra à l’industrie canadienne du chanvre industriel de conserver sa compétitivité à l’échelle mondiale. »
Cette recommandation s’inscrit dans une tendance internationale plus large visant à relever les seuils de THC pour le chanvre industriel, la Nouvelle-Zélande étant le dernier pays en date à avoir adopté une limite de 1,0 % dans le cadre de réformes qui ont supprimé l’obligation d’obtenir une licence pour les cultivateurs et considérablement allégé les contraintes réglementaires pesant sur le secteur.
Marchés aux fleurs
Cette proposition vise également à apporter des changements majeurs au régime réglementaire canadien applicable aux fleurs, feuilles et branches de chanvre.
En vertu de la réglementation actuelle, les producteurs de chanvre sont soumis à des restrictions strictes quant aux acheteurs autorisés à acquérir des fleurs de chanvre. La CHTA fait valoir que toutes les parties de la plante de chanvre devraient être considérées comme des produits agricoles, à moins qu’elles ne soient utilisées pour produire des concentrés de cannabinoïdes.
Le groupe recommande d’autoriser la vente sans restriction des fleurs de chanvre et de la biomasse, tout en maintenant les exigences en matière de licence prévues par la Loi sur le cannabis pour les entreprises qui extraient des phytocannabinoïdes concentrés.
Cette distinction est importante car elle permettrait de séparer la culture du chanvre de l’extraction des cannabinoïdes, une distinction que le secteur s’efforce de plus en plus d’établir à mesure que les applications liées aux fibres, aux graines et à l’industrie se développent, et que les substances psychoactives à base de CBD issu du chanvre ont semé la confusion sur le marché dans tous les sous-secteurs du chanvre.
Surveillance du secteur
Dans son mémoire, la CHTA fait valoir à plusieurs reprises que l’approche actuelle de Santé Canada repose toujours sur des dispositions conçues pour le contrôle des stupéfiants – qui ne sont pas exigées par la Convention unique sur les stupéfiants de 1961 – plutôt que sur la production agricole. Elle recommande de transférer de nombreuses fonctions de surveillance du secteur à Agriculture et Agroalimentaire Canada, à l’Agence canadienne d’inspection des aliments et à Statistique Canada.
L’alliance se réfère aux récentes recommandations de l’Organe international de contrôle des stupéfiants ainsi qu’à un rapport de 2024 de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, qui encourageaient les gouvernements à revoir les réglementations considérant le chanvre industriel comme une question relevant du contrôle des stupéfiants.
Cette interprétation reste controversée dans certaines juridictions. Dans de nombreux pays, les autorités de régulation continuent de maintenir des systèmes d’octroi de licences pour la culture du chanvre, tout en encourageant les utilisations industrielles de cette plante.
Le groupe souhaite également que la responsabilité de la « Liste des variétés approuvées » du Canada soit transférée de Santé Canada à l’Association canadienne des producteurs de semences, arguant que le système d’homologation actuel est lent, imprévisible et constitue un frein à l’innovation en matière de sélection végétale.
Et ensuite ?
La CHTA a publié des directives à l’intention des parties intéressées souhaitant soumettre leurs commentaires dans le cadre de la consultation de Santé Canada. La date limite est fixée au 30 juin.
L’agence a expressément sollicité l’avis des parties prenantes sur les questions suivantes : l’octroi de licences, les tests de THC, les obligations de déclaration, la vente de fleurs, les contrôles à l’importation et à l’exportation, ainsi que la gestion de la liste des variétés approuvées.
Toute modification ne devrait pas intervenir avant au moins 12 à 24 mois, car Santé Canada doit examiner les contributions issues de la consultation et publier un projet de règlement afin de recueillir d’autres commentaires du public avant d’adopter de nouvelles règles.
Cette consultation fait suite à des modifications réglementaires adoptées en 2025, qui ont supprimé les exigences en matière d’analyse du THC pour de nombreux produits à base de graines de chanvre et levé plusieurs restrictions concernant les ingrédients alimentaires dérivés du chanvre.
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Tel que rapporté par Hemp Today : Hemp Today


