close
Blog-Cannabis

Le Club des Haschischins au 19ème siècle : entre trip, art, littérature, science et médecine

Le Club des Haschischins était un club Français de consommateurs de haschisch au XIXe siècle qui se consacrait sur l’exploration des expériences induites par les drogues, et principalement avec de la résine provenant de la plante de cannabis, du haschisch. Pour Honoré de Balzac, la plante est révolutionnaire, pour d’autres comme Baudelaire, l’expérience était un cauchemar… En outre, le docteur Jacques-Joseph Moreau, membre du club, est le premier psychiatre à explorer les effets des drogues, et du cannabis avec un haschisch assez spécial, le dawamesk. Le Club a influencé les futures recherches sur le cannabis médical, notamment dans la guérison des maladies mentales.

Le Club des Haschischins

Le club a été fondé vers 1844 et comprenait des membres de l’élite littéraire et intellectuelle de Paris. Les séances mensuelles se tenaient à l’Hôtel Pimodan (désormais l’Hôtel de Lauzun) dans les chambres de Fernand Boissard, peintre et musicien du XIXe siècle qui était considéré comme la figure de proue du club.

Charles Baudelaire, poète et traducteur de l’œuvre d’Edgar Allan Poe, vivait également à Pimodan dans un appartement loué à l’étage. Théophile Gautier, y loue également des appartements.

Les membres du club

L’adhésion au club de haschisch était libre, et les gens se joignaient ou se retiraient à volonté. Parmi les participants à la séance, outre Baudelaire, Théophile Gautier et le Dr.Moreau, il y avait aussi Gérard de Nerval (figure majeure du romantisme français), Eugène Delacroix (peintre romantique) et Alexandre Dumas (un des auteurs français les plus populaires).

Victor Hugo, avec probablement les plus connus des romans français, “Les Misérables” et “Le bossu de Notre-Dame”; y participait parfois..

Certains de ceux qui ont visité le club ont enregistré leurs impressions. Après la première visite de Gautier, il écrivit un article intitulé “Le Club des Hashischins”, qui fut publié dans la “Revue des Deux Mondes” en 1846. En voici quelques extraits :

“Entrer, c’était reculer de deux siècles ; le temps, qui passe si vite, ne semblait pas s’être écoulé dans cette maison, et comme une horloge négligemment déroulée, ses aiguilles portaient toujours la même date.” ” Le haschisch finit par remplacer le champagne ” , déclarait Gautier d’un ton provocateur. “Nous croyons avoir conquis Alger, et c’est Alger qui nous a conquis.”

Autres personnalités viennent de temps à autre dans le club comme les peintres Honoré Daumier ou des écrivains comme Gustave Flaubert...

Les trips de Balzac et de Théophile Gautier

Les participants ont également rapporté qu’après avoir pris la pâte verte, ils ont eu des “hallucinations éblouissantes”. Moreau a noté qu’elle produisait une sorte d'”intoxication intellectuelle”

Paul Giamatti joue Honoré de Balzac, qui boit 50 cafés par jour…

De nombreux utilisateurs du club ont déclaré que leurs sens s’étaient intensifiés et qu’ils étaient devenus voraces (munchies…).

à lire aussi  La France et le cannabis: situation en début 2018

Ils ont aussi eu des hallucinations ou entendu des voix. Par exemple, le romancier Honoré de Balzac l’a essayé une fois en 1845. Il rapporte avoir entendu des voix célestes et vu des peintures divines…

Gautier a aussi entendu et vu des choses étranges…

Gautier “from outer space”

La Pipe d’Opium, Théophile Gautier, 1838.

“Quelques minutes après avoir avalé une partie de la préparation, une sensation soudaine et accablante s’empara de lui. Il lui apparut que son corps était dissout, qu’il était devenu transparent- le haschisch qu’il avait avalé, sous la forme d’une émeraude, d’où jaillirent mille petites étincelles -. Ses cils étaient allongés indéfiniment, et roulés comme des fils d’or autour de boules d’ivoire, qui tournaient avec une rapidité inconcevable. … Il voyait de temps en temps ses amis qui étaient autour de lui défigurés – mi-hommes mi-plantes, certains avec les ailes de l’autruche, qu’ils tremblaient constamment. … Dans l’air il y avait des millions de papillons, confusément lumineux, secouant leurs ailes comme des éventails. De gigantesques fleurs aux reflets de cristal, de grandes pivoines sur des lits d’or et d’argent, s’élevaient et l’entouraient du craquement sonore qui accompagne l’explosion dans l’air des feux d’artifice. Son ouïe a acquis une nouvelle puissance ; elle s’est énormément développée. Il a entendu le bruit des couleurs. Des sons verts, rouges, bleus, jaunes l’atteignirent par vagues. Un verre jeté, le grincement d’un canapé, un mot prononcé bas, vibrait et roulait en lui comme des coups de tonnerre”.

Baudelaire et le cannabis…

Le “Bad Trip” de Baudelaire…

Bien que la plupart des membres se soient “défoncés”; tout le monde ne partageait pas un tel enthousiasme pour le cannabis.

Par exemple, Baudelaire, qui avait la réputation d’être un débauché et d’aimer l’exotique… a trouvé le cannabis répugnant; et ne l’a pas essayé plus d’une ou deux fois.

En 1860, il écrit dans le livre “Les paradis artificiels” décrivant l’influence du haschisch et de l’opium sur ses pensées…

Il préférait le vin, le haschisch lui présentait de nombreux inconvénients, comme isoler son utilisateur et rendre la personne antisociale… Alors que les buveurs de vin étaient pour lui, profondément humains…

Les recherches du Dr Jacques-Joseph Moreau

Au début du XIXe siècle, les troupes de Napoléon reviennent de leur campagne en Égypte et apportent avec elles l’habitude de fumer du haschisch…

Entre 1836 et 1840, le Dr Jacques-Joseph Moreau, psychiatre, fait un long voyage en Orient et découvre par lui-même les effets du haschisch.

Dr. Jacques-Joseph Moreau. Bibliothèque nationale de France.

À l’époque, lui et d’autres psychiatres croyaient que les événements survenus avant la dépression d’une personne atteinte d’une maladie mentale pouvaient fournir des indices qui lui permettraient de résoudre la maladie mentale.

à lire aussi  Point sur le nouveau test salivaire en France

Parce que les hallucinations précédaient souvent la maladie mentale, Moreau voulait les vivre sans faire l’expérience d’une dépression mentale. Il pensait aussi que s’il comprenait les états psychotiques, il pourrait être en mesure de mieux aider ou guérir les malades mentaux…

Le prescripteur du club

De plus, comme Moreau connaissait déjà le haschisch. Il savait qu’il produisait des hallucinations, il semblait être la substance parfaite pour testait ses théories.

Il a découvert que le cannabis (à haute dose et ingéré) déformait le temps et produisait des hallucinations.

Cependant, il estimait que ses expériences étaient trop subjectives… Et que pour obtenir une opinion objective, il devait observer d’autres personnes qui accepteraient de prendre son dawamesk (hash)… Il s’est alors mis à la recherche de bénévoles pour les observer.


‘Hystérie de la Charité au service de l’image du Dr. Luys par Jacques-Joseph Moreau de Tours 1887

Et, peu de temps après, il est devenu le distributeur de médicaments du club des Hashischins…

Le dawamesk : le hasch du Dr. Moreau…

Selon Gautier, Moreau était là et très enthousiaste quant à ce qui allait se passer.

“C’est aussi Moreau qui a distribué les doses individuelles sous la forme d’une pâte verte. Chaque dose avait approximativement la taille d’un pouce et provenait d’une cuillère d’or et d’argent que les participants mangeaient avec un repas ou qu’ils mélangeaient en un café arabe au goût fort.”

Les membres ont rapporté que le haschisch ressemblait à de la confiture ou de la marmelade… La recette de dawamesk peut varier. Mais, elle contient généralement un mélange de haschisch, de clou de girofle, de muscade, de cannelle, de jus d’orange, de beurre, de pistache, de sucre ou de miel – et parfois des cantharides (mouche espagnole).

L’influence du Club des Hashischins

Grâce à ses expériences et parce qu’il a pu observer; Moreau est devenu le premier psychiatre à travailler systématiquement sur la façon dont les drogues affectent le système nerveux central.

Il a également catalogué, analysé et enregistré ses observations. De plus, ses expériences avec le haschisch l’amènent à publier en 1845 “Du Hachisch et de l’aliénation mentale

Les Français du dix-neuvième siècle ont lu les travaux de Moreau avec divers degrés d’intérêt. Et, de nombreux lecteurs ont rapporté que ses descriptions étaient troublantes. Elles ont ouverts une nouvelle méthode de compréhension, sur les effets médicaux du cannabis…

Quant au Club des Hashischins… Il s’est effondré en 1849. Mais, les objectifs scientifiques de Moreau ayant été atteints et son livre publié… Par la suite le cannabis était devenu un médicament de consommation courante, jusqu’à la prohibition et la “guerre contre la drogue”…

Tags : FranceHaschichHashLittératureParisplantes médicinales