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L’incertitude sur la fiabilité des tests routiers est absolue

La détection et la fiabilité des tests routiers concernant le cannabis au volant sont remises en doute par la science

Les tentatives de détection et de poursuite des personnes conduisant sous l’influence de drogues illicites ont commencé dans les années 1980 aux États-Unis. L’Union européenne s’est intéressée à cette question dans les années 90. Le principal obstacle auquel les gouvernements ont dû faire face est double. D’une part est le manque de méthodes fiables pour détecter et mesurer la présence de drogues dans le corps. D’autre part, le manque d’informations scientifiques concluantes sur la façon dont le cannabis affecte la conduite. En outre, le Québec promet une tolérance zéro. Mais les experts préviennent que ce serait tout bonnement impossible…  Et que ce soit un test salivaire, un test urinaire et sanguin…

La tolérance Zéro remise en doute

Selon LEDEVOIR, la tolérance zéro concernant le cannabis au volant ne sera pas possible au canada, et au Québec. D’un point de vue scientifique le cannabis et le THC reste particulièrement longtemps dans le sang et l’organisme, et sans pour autant rester actif… Une fois légalisé, le cannabis sera présent chez tous les consommateurs et patients… qu’ils soient intoxiqués ou non… En effet, scientifiquement les tests de détection par la salive ne sont pas fiables…

« La salive n’est pas un très bon indicateur », selon Ryan Vandrey, de l’école de médecine de la Johns Hopkins University. « À l’heure actuelle, il n’y a pas de marqueur biologique qui puisse prédire avec exactitude en bord de route le niveau d’intoxication »

D’autre part il manque d’informations scientifiques concluantes sur la façon dont le cannabis affecte la conduite.  Une interdiction complète de la conduite après consommation de cannabis est irréaliste. En outre, Ottawa n’a pas encore annoncé quels appareils de dépistage  seront recommandés aux policiers du pays. Quant aux usagers occasionnels, ils seront également difficiles à attraper…

Le test salivaire; en vente dans les pharmacies…

« Vous pourriez avoir quelqu’un qui fume tous les soirs chez lui avant de se coucher et, le lendemain, il sera positif à un test tout au long de la journée. Même s’il n’a pas fumé, explique Ryan Vandrey au Devoir. Il ne sera plus intoxiqué, mais il aura un taux de cannabinoïdes plus élevé que zéro. »

En revanche, un consommateur occasionnel qui viendrait tout juste de manger un brownie au cannabis afficherait un taux de THC moins élevé que le consommateur régulier qui est à jeun, même s’il est très intoxiqué, a constaté M. Vandrey au fil de ses recherches.

« Distinguer une nouvelle utilisation d’une utilisation résiduelle, c’est incroyablement difficile, peu importe la méthode de vérification », note l’expert.

Tolérance Zéro pour le cannabis au volant, au Québec et dans l’Ontario

Le Québec n’est pas seul à vouloir imposer une tolérance zéro. L’Ontario et le Nouveau-Brunswick ont prévu faire de même, mais seulement pour les conducteurs de moins de 21 ans et ceux qui ont des permis de conducteurs débutants. Le gouvernement ontarien veut aussi imposer la tolérance zéro aux conducteurs commerciaux.

Étrangement on peut toujours donner notre sang…

Un gouvernement pourrait-il établir un taux de THC légal maximal qui serait considéré comme nul pour tenir compte des fumeurs fréquents ? Non, tranche Ryan Vandrey. Car la science ne permet pas de toute façon de déterminer le niveau d’intoxication au cannabis en analysant simplement la salive, le sang ou l’urine d’un individu…

La science fait défaut

Le constat : le THC est décelable dans la salive moins longtemps que ne sont ressentis les effets psychotropes, que la drogue soit fumée ou consommée de façon comestible. L’écart est plus grand lorsque le cannabis est avalé.  Le THC est décelable dans la salive en moyenne deux heures après consommation. Mais déjà, lors de la seconde heure, les taux baissent rapidement.

Le calcul de la soit disant sobriété cannabique, scientifiquement impossible

Or, les effets peuvent durer de quatre à cinq heures lorsqu’elle est fumée, et jusqu’à six à huit heures lorsqu’elle est consommée sous forme comestible… Le cannabis comestible atteint son effet de pointe environ trois heures après la consommation, soit après la période de détection de THC dans la salive.

« Cela ne correspond pas au niveau d’intoxication », argue Ryan Vandrey, qui avait notamment été invité à témoigner devant le comité parlementaire qui a étudié le projet de loi sur la légalisation de la marijuana d’Ottawa. « À moins d’arrêter les gens tout de suite après qu’ils ont consommé, vous allez quand même faillir à le déceler et ils pourraient être encore intoxiqués », prévient-il.

« C’est bien de regarder la salive. C’est pratique, c’est facile. Le problème, c’est que ce n’est pas fiable », observe à son tour Pierre Beaulieu, professeur de pharmacologie à l’Université de Montréal et anesthésiologiste au CHUM.

Cannabis au volant, un défi pour les policiers

Le THC apparaît plus longtemps dans le sang : trois ou quatre heures lorsque le cannabis est fumé, six à huit heures sous forme comestible. Mais les délais pour ce test plus poussé sont importants : le temps qu’un policier intercepte un conducteur, lui fasse subir un premier test de coordination, qu’il analyse la salive du conducteur et qu’il se dirige ensuite vers le poste de police pour faire une prise de sang et l’analyser à son tour.

A l’affût …

La Sûreté du Québec explique, et c’est la même chose au Service de police de la Ville de Montréal, qu’elle vérifie plus souvent l’urine que le sang, qui est plus compliqué à prélever… Mais le THC et les ingrédients actifs du cannabis y restent présents plusieurs jours, voire jusqu’à deux semaines. Encore là, le taux de THC d’un consommateur fréquent poserait problème…

Le projet de loi fédéral sur la conduite avec capacités affaiblies fixe à 5 nanogrammes par millilitre de sang (ng/ml) la quantité de THC qu’un conducteur pourra avoir dans le corps pour prendre le volant. Un usager fréquent aura, sans avoir consommé depuis 24 heures, 5 ng/ml dans le sang…

Barrage et tests à la chaîne (cannabis, alcool…)

Quelques cas de fumée secondaire entraînant un taux de THC dans la salive ont aussi été répertoriés. Ils ne sont cependant pas concluants, consent Ryan Vandrey. Car la moitié des sujets exposés à une fumée secondaire pendant une heure dans une pièce sans ventilation ont eu un résultat de THC positif par la suite… Bref, la science démontre que le contrôle du cannabis sur les routes sera « complexe et incertain ».

« Ce n’est pas demain que les policiers vont être prêts à faire ce dépistage. Ou alors, il sera sujet à caution et très contestable.»

Tests au volant peu fiables en Europe et Espagne

Au cours des vingt dernières années, l’Union européenne a mené diverses études pour déterminer si les méthodes disponibles pour détecter les drogues sont fiables ou non. Le premier était le projet ROSITA. Une étude non concluante qui a eu lieu à la fin des années 1990 et au début des années 2000… Cette étude a été suivie par le projet ROSITA II, réalisé entre 2005 et 2006. Les deux études, coordonnées par le professeur espagnol Manuel López-Revadulla, ont révélé que les méthodes disponibles à cette époque n’étaient pas suffisamment fiables. Malgré cela, ils ont commencé à être utilisés dans certaines régions espagnoles.

La police de Barcelone connue pour écumer les smokers sur les routes…

La troisième étude européenne était DRUID , qui a débuté en 2006 et s’est achevée en 2010. Les institutions espagnoles déclarent que ce rapport «reconnaît la fiabilité des dispositifs de détection rapide». Cependant, comme signalé en 2015 lors de l’apparition des associations de cannabis devant la commission des drogues du parlement espagnol, les conclusions de DRUID précisent que :

« aucun des tests n’a atteint les niveaux d’efficacité requis en sensibilité, spécificité et précision pour tous. les tests séparés inclus. « 

Conflit d’intérêts

Le responsable de l’évaluation des tests, Manuel López-Rivadulla, affirme que « un résultat positif signifie que la personne a consommé entre trois et neuf heures avant de tester l’échantillon, ce qui est très généreux ».  Mais il y a des utilisateurs réguliers de cannabis pour qui, au lieu de «neuf heures, cela peut prendre jusqu’à douze heures».C’est-à-dire quatre fois plus que l’effet persiste… En regardant les estimations du fabricant, il s’avère que la période de détection serait entre quelques minutes et 24 heures. Cependant, cela ne semble pas être vrai du tout… Car lorsque l’association Energy Control – l’une des principales organisations de réduction des risques en Espagne – a écrit à Dräger pour demander combien de temps il fallait se passer de cannabis pour être négatif, ils ont répondu qu’ils ne savaient pas...

Drugtest 5000, du gros matos totalement imprécis ou trop précis…

Cet intérêt à minimiser l’imprécision du Drugtest 5000 est parfaitement compréhensible du point de vue du fabricant; en fin de compte, ils veulent vendre le produit. Mais quel est l’intérêt des évaluateurs soi-disant indépendants ? Probablement économique… Puisque le Service de toxicologie médico-légale de l’Université de Santiago, dirigé par López-Rivadulla, a obtenu le contrat – de près de 1,5 million d’euros par an. Et ceci pour effectuer les tests de laboratoire sanguin complémentaires. Bien sûr, s’ils avaient dit à l’Union européenne, que le test n’était pas assez précis, ils se seraient retrouvés sans contrat… Ce conflit d’intérêts évident devrait nous faire douter de l’objectivité de leurs revendications. Et pour nous la France, même musique; le test salivaire nouvelle génération semble redoutable d’efficacité, alors qu’ils sont scientifiquement imprécis et donc caduques…

Tags : CannabisconduitedepistagedrogueEspagneFanceOntarioQuébecrecherchesciencetest salivairetest sanguintest urinaire
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